AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Quand l'appel du vent se fait irrésistible

Aller en bas 
AuteurMessage
Daresha
Rose Impériale
avatar

Messages : 158
Date d'inscription : 29/09/2007
Localisation : De l'autre côté du miroir

MessageSujet: Quand l'appel du vent se fait irrésistible   Mar 12 Aoû - 14:32

Non, elle ne résista pas à l’appel de cette liberté relative, qui consiste à galoper dans la douce fraîcheur des bois. Le bel astre solaire était haut dans le ciel et ses rayons avaient vivement réchauffé le domaine au point par instant de le rentre étouffant et l’ombre de la vaste futaie flamande lui offrirait une douce occasion de se rafraîchir, tout en s’aérant l’esprit avec son nouveau compagnon. Lorsque le couple mi-animal, mi-humain, sortit de la carrière pour prendre la direction du chemin qui le mènerait à la destination souhaitée, deux cavaliers à pieds, montures tenues par leur filet, se dressèrent devant lui.
- Pouvez vous me dire ce que vous faites ?
- Nous venons avec vous Dame.
- Alors ça, je n’en serais pas si sûre. N’y comptez même pas.
- Ce sont les ordres Comtesse.
[color]- Voyez m’en direz tant…[/color]
- Ce sont les ordres du Comte. Nous devons assurer votre sécurité.
- Le Comte serait-il rentré ?
- Toujours pas Dame.
- Donc vous suivez les ordres d’un absent. Je serais curieuse de savoir comment vous pouvez suivre les prescriptions d’un homme qui se trouve actuellement à s’amuser avec les lames bretonnes.
- Il nous les a donnés dès le premier jour où il vous a accordé protection, ne pu s’empêcher de sourire l’un des deux cavaliers,
- Comme si j’avais besoin que l’on me porte quelque protection , soupira la Rose, en resserrant ses mains gantées sur les rennes.
- Si je puis me le permettre Comtesse, reprit le second, vous êtes l’épouse de notre maistre. Nous devons donc encore plus redoubler de vigilance à votre sujet.
- Voyez vous cela… Puis que je suis l’épouse du prime baron de Marchiennes, vous êtes aussi sous mes ordres. Etant présente et lui non, c’est à mes ordres que vous devez vous plier. Par conséquent, vous allez ramener vos chevaux à l’écurie et vous allez me laisser tranquille. Sans autre mot ni regard à leur attention, elle tourna la brise et piqua avec légèreté les flancs noirci. L’animal partit ainsi en trottant à une cadence vive mais sans excès, ses membres se pliant et remontant haut sous son corps avec une élégance certaine.

Court fut le trajet qui mena à l’orée du bois baronnial. Les écuries avaient été judicieusement placées lors de l’édification du majestueux castel flamand. Bien qu’il existait un chemin par la cour intérieure, il n’était pas une obligation de l’emprunter pour rejoindre ou sortir du haras. Tout dépendait de la situation dans laquelle se trouvaient les intéressés. Elle suivit un petit chemin terreux encore un peu boueux des dernières pluies, qui passait entre deux grands prés verdoyants dans lesquels broutaient tranquillement quelques équidés du haras. Les jours étaient beaux et y avaient été lâchées quelques poulinières qui ne tarderaient plus à mettre bas, en compagnie de quelques hongres, les étalons n’ayant droit qu’à des sorties surveillées pour éviter tout débordement d’humeur. La Rose ralentit l’allure et repassa à un pas soutenu toutefois. Il s’agissait de franchir ce passage rapidement sans énerver ni sa monture curieuse qui commençait à faire la belle et levant la tête et les narines, hennissant au vent, ni les autres équidés. Ce ne fut pas sans une certaine difficulté, le jeune entier s’arrêtant à chaque pas pour appeler ses congénères, mais lorsqu’ils pénétrèrent dans les bois, il se mit à trottiner comme un poulain qui découvre les curiosités du monde et qu’il lui est loisible d’aller et venir à n’importe quelle allure, espérant faire ainsi le beau devant ses pairs.

En retrait, les deux gardes étaient restés à se demander ce qu’ils devaient faire. C’est qu’elle n’avait pas tort la belle Rose blanche. Le Chevalier n’était pas là et c’était donc à elle qu’ils devaient obéir puisque baronne des lieux. Mais d’un coté ce n’était qu’une femme et celle-là n’était pas vraiment comme toutes les autres. Outre d’avoir un décolleté souvent attirant et un séant sur lequel il était agréable de lorgner lorsque cela était possible, elle n’était pas vraiment toute là. Ses exploits au lendemain de la mort de sa fille avaient fait le tour de la demeure et il avait été question de renforcer sa surveillance pour éviter qu’elle ne recommence, mais sans qu’elle s’en rende compte, ce qui ne fut au final, pas le cas, soit dit en passant. De longues minutes s’écoulèrent sans qu’ils ne bougent, se jetant de simples regards, espérant chacun que se soit l’autre qui prenne la responsabilité de filer la Comtesse en douce.

- Qu’est-ce que vous foutez bordel ?
- Cap… Capitaine ! s’écrièrent ils en se redressant sur leurs destriers qu’ils firent virevolter pour se retrouver face à celui qui les avaient appeler avec délicatesse. A pieds, une main refermée sur le pommeau de son épée, l’autre dans son dos ses doigts jouant nerveusement dans le vent, se trouvait ledit capitaine de la garde du château. Ses cheveux blonds coupés à hauteur de ses larges épaules et ses yeux bleus trahissaient ses origines nordiques. Il regardait ses hommes avec sévérité, attendant que l’un d’eux daigne répondre à sa question.
- C’est que… Et bien…On réfléchissait à ce qu’on devait faire…
- Depuis quand on vous demande de réfléchir ? demanda le gradé en soutenant tour à tour les deux regards gênés qui se dérobaient sous le sien. J’attends ! Il n’eut pour seule réponse qu’un lourd silence qui ne fit qu’attiser son impatience déjà légendaire. Vous réfléchissiez à quoi puisque vous essayez à cet art qui n’est pas fait pour vous ?
- C’est la Comtesse, Capitaine. Elle est partie et nous a ordonné de pas la suivre.
- Et depuis quand vous obéissez à la Comtesse ?
- Ben… Depuis qu’elle a dit qu’on devait le faire parce que le Baron est pas là.
- Là ou pas, c’est à lui que nous devons obéir ! Pas à une femme !
- C’est quand même la Baronne, Capitaine… s’avança à dire un des deux hommes à cheval.
- Oui. Et ? Comme toute femme, elle ne sait pas ce qui est bon pour elle ou pas. Comme toute femme, elle agit avec stupidité et sans réflexion. Vous êtes pas mieux qu’elle de toute façon ! Hans ! Descendez de ce cheval. Puisque vous êtes pas capables de faire ce qu’on vous demande, je vais le faire à votre place ! Plus vite que ça !
Ledit Hans s’exécuta aussi vite qu’il le pu manquant par là même de se retrouver les quatre fer en l’air en plein milieu de la cour des écuries. Le Capitaine se mit alors en selle et talonna avec vigueur les pauvres côtes de l’animal qui se trouvait sous lui.
- Où ?
- Dans les bois Capitaine…
Puis il partit comme une furie dans les bois à la poursuite de la Rose envolée il ne savait où exactement. Il ne mettrait sans doute pas longtemps.

Elle n’avait pas forcé l’allure, préférant pour le moment s’enivrer de l’odeur si particulière des bois, humidifiés par une pluie estivale généreuse et non encore asséchés par la chaleur offerte par un soleil resplendissant. La fragrance de l’humus dominait le fond de l’air, donnant une impression d’automne arrivé avant l’heure. Le bruit des sabots ferrés était étouffé par un sol légèrement bourbeux par endroits, la terre n’ayant pas eu le temps de s’abreuver du présent abondant d’un temps facétieux. De petits bosquets avaient profité de cette eau bienvenue et avaient vu s’éclore diverses petites et timides fleurs aux couleurs variés. Le promeneur flâneur qui se serait pris d’un œil avisé, aurait pu trouver ici et là quelques mûriers en cours de floraison et des framboisiers blanchis, qui satisferont en temps voulus les gourmands les plus rapides, humains ou animaux. L’Impériale vagabondait au fil de l’allure calmé de son frison qui s’amusait à goûter ici et là, une branche avenante qui se trouvait sur son passage. Une ronce piquante lui arracha un souffle profond de mécontentement, mais cela ne l’empêcha pas de continuer son manège de gourmet en herbe. Ses oreilles, droites, tournaient à l’affût du moindre bruit qui s’échappait des buissons ou des branches feuillues qui les surplombaient et au travers desquelles perçaient quelques rayons courageux, donnant une atmosphère agréablement réaliste aux lieux. Etre loin de tout, ça à du bon. Il lui semblait revivre un peu au milieu de ce monde seulement régi par les animaux. Les hommes n’y avaient pas leur place, du moins c’est ce qu’elle voulait croire, car malgré tout, allaient et venaient les chasseurs des villages environnants et du château, sous l’égide sévère du garde chasse, protecteur bienveillant de la forêt. Mais là, elle avait la chance d’être seule, avec pour seule compagnie agréable, celle d’un destrier encore poulain dans ses attitudes. Elle savait qu’elle devrait rentrer, mais elle préféra ne pas y penser car l’envie lui faisait grandement défaut. Seul le fait de retrouver sa petite princesse était pour elle source de motivation. Elle passait souvent ses journées avec elle, lui contant moult histoires et fables d’antan, jouant ou l’admirant tout simplement. Elle pouvait passer des heures à la regarder, à chercher des détails blessants qui lui rappelleraient son époux douloureusement absent, parti avec la pire des maîtresses : la guerre. Mais ainsi était la vie aux côtés d’un grand chevalier et sans doute ne changerait-elle jamais. Elle le souhaitait tant par moment, mais elle savait qu’il serait malheureux de ne pas avoir d’épée à la main. Elle avait épousé un guerrier, il en était ainsi. Alors elle se contentait de prier pour son retour, pour vivre des moments au creux de ses bras, pour quelques lettres dont il n’était rien, devant se satisfaire de la séparation imposée.
La solitude a un goût auquel on s’habitude avec le temps, de même que l’on apprend à supporter son étreinte glaciale que l’on finit par rechercher inlassablement. Car au final, c’est cet isolement qu’elle recherchait tant bien que mal.


- Grandeur !
Dans un bruit sourd et étourdissant, accompagné de branches violemment brisés, arriva en grandes trombes un cavalier agité. De surprise, le jeune frison se cabra, manquant de faire tomber sa cavalière qui se rattrapa tant bien que mal à sa crinière abondante, elle-même ne s’attendant guère plus à un tel débarquement. A plusieurs reprises, l’entier se mit debout, droit sur ses postérieurs musclés, tapant le sol brutalement manquant ainsi de glisser dans une flaque de boue non encore sèche et d’envoyer à terre sa délicieuse amazone. La Comtesse arriva à calmer sa monture comme elle le fut, caressant son encolure tendue et lui soufflant des mots rassurants. Puis elle se tourna vers l’auteur du trouble, en lui adressant un regard noir.
- Comtesse, vous voilà enfin. Vous ne devriez pas vous promener seule dans les bois, c’est dangereux.
- Figurez vous que jusque là tout allait pour le mieux et que j’ai failli goûter le sol grâce à l’intervention ingénieuse et surprenante d’un stupide capitaine !
Les deux ne s’appréciaient guère ; la première parce que le second était toujours en train de lui filer le séant et qu’il ne la laissait pas tranquille ; le second parce que la première n’en faisait qu’à sa tête et que cela l’obligeait à redoubler d’attention. Ils se regardèrent en chiens de faïence longuement, puis le capitaine reprit.
- Haem… Veuillez m’excuser, mais je m’inquiétais pour vous.
- En cela vous n’avez aucune obligation, je veille très bien sûr moi, rassurez vous. Et ne me parlez pas de mon époux, je connais la chanson.
Sentant l’énervement de sa cavalière, Baranhor recommença à s’agiter, mâchouillant son mors avec énervement et commençant à baver d’excitation. L’encolure enroulée et le chanfrein parallèle à son poitrail, il tapait le sol de son antérieur droit et mit à piaffer d’impatience. N’arrivant à retrouver sa quiétude, la Rose talonna sa monture et la fit partir dans un galop irraisonnable.
- Mais c’est qu’il aurait pas pu en épouser une autre ? s’écria que le capitaine avant de s’élancer à sa poursuite.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daresha
Rose Impériale
avatar

Messages : 158
Date d'inscription : 29/09/2007
Localisation : De l'autre côté du miroir

MessageSujet: Re: Quand l'appel du vent se fait irrésistible   Mer 13 Aoû - 14:37

Les mollets au contact des flancs noirs tendus, les talons dans les étriers descendus, les fesses légèrement relevées au dessus du siège de cuir brun, le buste droit incliné raisonnablement en avant, les mains refermées sur les rênes à hauteur du garrot de l’équidé, elle partit dans une allure excessive au travers des bois à l’agréable fraîcheur humide. Elle n’avait cure du capitaine désespéré qui s’était entraîné à sa suite, ni des risques inconsidérés qu’elle prenait en galopant avec une jeune monture en terrain rendu glissant par le temps capricieux des jours passés. Elle allait au hasard des chemins tracés entre les arbres, par les jeux de la nature ou par les hommes. Elle épousait chaque mouvement du frison, comme un navire épousait ceux de l’océan sur lequel ses marins l’avaient amené naviguer, ses genoux amortissant le choc entraîné par le contact des membres du cheval contre le sol après une période de suspension donnant l’impression de voler. Ses épaules et son bassin suivaient et anticipaient, conduits par son regard attentif, les détours et laçages entre les rois forestiers souvent plusieurs fois centenaires pour certains.

Son cœur se grisait de cette sensation unique de liberté, alliée à cette fascinante impression de voler au dessus du monde des simples mortels et de ses lassants tourments. Dans ses veines, son sang bouillonnait et l’effet procuré était semblable à celui euphorique d’une drogue excitante. La Rose, si empreinte à l’agaçante raison, semblait avoir laissé sa place à une toute autre femme, beaucoup plus fantasque. Elle était à présent une amazone intrépide, qui vivait sa liberté, faisant ainsi, au gré de ses envies insensées, des pieds de nez aux convenances instaurées par certains hommes qui s’étaient placés au dessus des autres simplement parce qu’ils en avaient ainsi décidé. La Belle et la Bête ne faisaient plus qu’un être singulier, une chimère effrénée, se vouant une confiance mutuelle que bon nombre aurait sûrement condamné en invoquant la folie à l’encontre de la première alors qu’ils auraient encensé une telle relation s’il s’était s’agi d’un Chevalier et de son destrier de guerre.
La Rose était folle à n’en pas douter, folle de douleur et folle d’un amour démesuré dont nul ne pouvait prétendre imaginer la teneur et la réalité. Elle avait aimé alors qu’une fine alliance d’or fin ciselé le lui interdisait, un homme rencontré au hasard d’un empire tourmenté. Elle avait tenté de se faire glace pour se protéger, pour sauvegarder son époux et leur fils, en vain. Le cœur avait été plus fort que l’esprit, pour au final triompher, triomphe rendu cruel et blessant par l’absence imposée. Aimer sans pouvoir le vivre pleinement, elle s’en demandait souvent l’intérêt. Pourquoi louer de tels sentiments alors qu’ils n’entraînent que la souffrance ? Dieu est amour, belle utopie. S’il l’était, il ne ferait pas connaître le chagrin ses enfants en leur faisant subir l’absence de l’être aimé. L’absence, dure épreuve de la vie à laquelle il est impossible de se dérober lorsque l’on est épouse de chevalier. La surmonter rend plus fort à ce qu’il parait. Mais est-ce réellement le cas ? Elle savait pour l’avoir vécue, la séparation dépourvue de vertus. Elle renforce le vide, la sensation d’abandon et éloigne les cœurs même les plus attachés. N’était-ce pas ce qui s’était passé avec le Vicomte ? Elle s’en était écartée pour se rapprocher d’un autre. Mais là, il n’était pas question d’elle, mais de Lui. Dans ses sombres cauchemars, elle l’avait vu sombrer dans les bras d’amantes attirantes. Aimer, à quoi bon ? A se consumer malgré tout et à espérer qu’un jour peut-être…

En galopant déraisonnablement vite, elle courait après le fantôme de son rêve secret, désir d’enfant sans doute, mais n’en restait-t-elle pas une malgré ses trente printemps en approche ? Vivre une vie à ses côtés, sans jamais le quitter, à regarder avec lui grandir leurs enfants, vie simple, trop simple peut-être. Etrange paradoxe d’une âme torturée entre une utopie aisément réalisable pour le commun des mortels, et la réalité impossible de servir dignement les siens.
Une cavalière perdue dans des songes douloureux, un jeune entier emballant son allure déjà exagérée, le couple infernal continuait sa course folle dans les bois flamands. La barrette de buis et d’ivoire acheté au gré d’une quelconque foire de renom, rendit l’âme et trouva refuge au fond d’une flaque de boue, libérant ainsi la longue chevelure comtale aux différents tons marrons qui se mit à danser dans le vent, échappant par un miracle divin aux branches que les vieux arbres laissaient pendre sur le chemin. Loin derrière suivait péniblement le garde gradé en charge de la surveillance du domaine et de la sécurité de celles et ceux qui y évoluaient. Seules les traces de sabots marquées dans le sol encore détrempé, lui permettait de remonter la trace de celle qu’il recherchait et qui allait guidée par le hasard, sans de but prédéfini. La forêt était grande et l’on pouvait aisément s’y perdre, pour peu que l’on ne soit pas doté d’un sens de l’orientation très développé, ce qui n’était pas le cas de la Rose, surtout lorsqu’elle faisait preuve d’égarement. Le capitaine n’avait d’autre objectif, non pas de la ramener à la raison et encore moins à la maison, mais de chevaucher à ses côtés le temps qu’elle recouvre ses esprits, tout en s’assurant qu’aucun individu malvenu ne jette sur elle son dévolu ; car à coup sûr, ce n’était pas au bout d’une corde qu’il finirait, mais il connaîtrait un bien pire châtiment, perspective qui ne le séduisit guère, allez savoir pourquoi. Mais il avait encore du chemin à parcourir, son destrier étant beaucoup moins rapide que celui de la Comtesse, qui filait tel un éclair dans un ciel orageux.

Elle ne mit fin à sa course infernale qu’à l’orée d’une petite clairière à l’allure rendue surréaliste par les rayons du soleil qui s’y aventuraient pour l’illuminer. Le jeune frison commençait à écumer blanc et soufflait bruyamment. Même elle se trouvait hors d’haleine. Elle décida donc de faire une halte dans sa chevauchée fantastique, l’endroit y étant propice, et mit pied à terre. Elle ne se souvenait pas d’être déjà venue en pareil endroit, ni de l’avoir déjà vu, mais le domaine étant assez vaste, ceci expliquait sûrement cela. Elle dessangla la selle pour permettre à son entier de reprendre plus aisément sa respiration et accrocha les rênes à une branche basse pour le laisser brouter à sa convenance, tandis qu’elle partirait en exploration. Sa démarche était peu assurée tant les émotions l’avaient submergée et elle manqua de tomber à plusieurs reprises alors même que ses pieds ne se prenaient dans aucun obstacle qui aurait pu justifier une telle maladresse.
Il semblait y avoir un bruit d’eau caché. Etait-ce le bruit judicieux du vent dans les feuilles ou y avait-il réellement quelque rivière dissimulée par les bosquets fournis et serpentant inlassablement à travers eux ? Elle ne su pourquoi, mais elle décida de se laisser mener par la douce musique de l’eau. Il ne lui fallut que quelques pas rapides pour découvrir un petit cours d’eau dans lequel tourbillonnait une eau tellement claire que l’on pouvait voir en son fond de nombreux galets aux diverses formes arrondies. Elle s’assit au pied d’un grand chêne, callant son dos contre le tronc sans page, et se laissa bercer par l’agréable mélodie de la nature.

Elle était enfin loin de tout, loin de cette vie désastreuse, de ses tristes acteurs et de ses innombrables tourments. Au milieu de rien, elle était enfin bien, calme et apaisée, même si s’agitaient encore en elle de nombreux désirs attendus, qu’elle arrivait à réfréner malgré tout. Il est possible qu’elle s’endormit sans qu’elle s’en rendit compte. Combien de temps garda-t-elle ses paupières fermées ? Elle n’aurait su le dire mais la sensation d’une présence observante la tira de sa rêverie. Il y avait debout, prêt d’elle, une silhouette sombre et carrée. Le soleil dominant en fond, elle n’arriva pas à la reconnaître même en portant sa main en visière pour apporter un peu d’ombre à sa vision. Elle l’observa longuement avant que le silence ne fut brisé.

- Si vous me permettez, je doute que ce soit là une place pour une Comtesse.
– Et qu’elle est donc sa place ? demanda la Rose en soupirant. Ainsi il l’avait retrouvée. Sa solitude n’avait donc pas duré longtemps.
- Au Castel, pas ici perdue au milieu d’une forêt où peuvent se promener des gens pas nets.
- Croyez vous que je craigne réellement quelque chose ?
- Avez-vous pleine conscience de ce qu’il pourrait vous arriver à cause de votre inconscience ? Je suis pas sûr que le Comte il soit très heureux qu’il arrive quelque chose à sa femme.
- Avez-vous peur pour moi ou pour vous ? demanda-t-elle avec un ton trempé d’une ironie piquante. Le capitaine de Marchiennes n’y répondit pas et s’installa à côté de la Dame sans mot dire. Vous ne voulez pas aller voir ailleurs si j’y suis ?
- Les ordres sont les ordres Comtesse. Je ne dois pas vous lâcher d’une semelle, excepté lorsque vous êtes au château. Rentrez et je vous laisserais tranquille.
La ruse était réfléchie. Elle aurait accepté avec plaisir de ne plus l’avoir dans son giron, mais elle n’avait nulle intention de rentrer et cela juste par pur esprit de contradiction. Aucun homme n’allait lui dicter ce qu’elle devait faire et encore moins un vulgaire soldat.
– J’espère que vous n’êtes pas pressé… sourit elle. Puis , passant ses mains derrière sa nuque, elle se réinstalla tranquillement contre son arbre, le regard perdu sur l’horizon touffu.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daresha
Rose Impériale
avatar

Messages : 158
Date d'inscription : 29/09/2007
Localisation : De l'autre côté du miroir

MessageSujet: Re: Quand l'appel du vent se fait irrésistible   Jeu 14 Aoû - 18:00

Lequel des deux craquerait le premier ? Elle parce qu’elle en aurait assez de sa présence certes silencieuse et discrète mais plutôt encombrante ? Lui parce qu’il en aurait par-dessus la tête de jouer les nourrices pour comtesse entêtée et pénible ? Chacun avait son caractère obstiné et borné, assaisonné selon sa propre sauce mais au final pas si différent de celui de l’autre. Mais il fut certain que d’aucun ne lâcherait le morceau aussi facilement, mais avec un peu de chance, ils se décideraient bien à faire quelque chose avant que la nuit noire ne tombe sur le domaine baronnial, mais même sur cela il n’était pas évident de parier.

Les jambes étendues, la droite passée par-dessus la gauche, elle restait sans bouger, le regard perdu au devant elle. Il y avait matière à se ressourcer et à se débarasser du poids pesant des obligations auxquelles elle s’était assujettie d’elle-même alors que rien ne l’y forçait. A croire qu’il est des âmes qui ne sont faites que pour connaître que la dureté d’une vie inutile et qui, plutôt que de tout faire pour la vivre sans la subir, en rajoutent d’elles-mêmes à leurs propres tourments. Et nous nous imaginons ainsi être forts, plus que tout ceux qui nous entourent ; et nous cherchons leurs regards d’admiration et de considération devant cette utopie dans laquelle nous nous complaisons de vivre ; et nous sombrons un peu plus dans les abîmes sans fond d’une solitude et d’une souffrance silencieuses que nous nions, persuadés que nous sommes invulnérables. Croire, mais pas forcément dans des convictions louables. Et elle n’échappe sûrement pas à cette triste vérité qui couvre de sa brume épaisse le monde des êtres humains, bien au contraire. Seuls les faibles reconnaissent la souffrance. Mais seuls les humbles arrivent à la surmonter. L’est-elle ? Non, parce qu’elle se refuse d’être fragile. Elle réfute cette faiblesse qui est pourtant sienne, sans doute par fierté ; ou plutôt parce que submergée par de faux préceptes qui lui ont sans cesse été répétés par ses proches. Forte, s’ils le disent c’est que cela doit être vrai. Forte ; pour ne pas les décevoir, elle se doit de l’être ou du moins, le faire croire. Cercle vicieux et manège sans fin. Spirale éternelle et trou noir sans fond. Comme chaque membre de son espèce, elle se satisfait de sa pathétique condition. Parce qu’il est tellement plus facile de subir en prétendant que l’on a choisi sa vie, plutôt que d’agir et de devenir son propre maître. La Rose n’est pas parfaite, mais qui peut oser prétendre l’être exceptés les fous et les arrogants qui eux, en plus, se satisfassent de leur superbe ?

Il est pourtant si simple d’être soi-même, avec ses qualités et ses défauts, si nombreux soient-ils, si l’on accepter de refuser de se mirer dans ce miroir flou que nous renvoient les autres.



Mais elle est elle-même, elle est une femme, une simple femme. Lorsqu’elle est avec lui. Elle est alors un corps et un cœur, et non plus un esprit acharné à un vain travail et concentré sur de stupides idéaux auxquels personne ne croit vraiment, si ce n’est pour faire comme les autres ; parce que c’est tellement facile de suivre le mouvement tel un mouton suivrait bêtement le troupeau auquel il appartient, quand même bien il sauterait dans un ravin profond. Oui, dans ses bras, elle laisse tomber ce masque qu’elle porte à longueur de journée. Dans ses bras, elle consent à n’être qu’une épouse amoureuse au point de s’ouvrir les veines s’il lui demandait. Dans ses bras, pour la satisfaction de ses désirs bestiaux, elle consent à n’être qu’une amante dont le bas-ventre maudit est mû par un feu passionné, qui ne réclame que d’être consumé, peu important la morale et l’entendement sain. Et s’endormir, essoufflée, tout contre son corps et sa chaleur masculine, en écoutant les battements de son cœur en se disant qu’ils sont pour soi ; et culpabiliser intérieurement parce qu’il est une morale créée par certains hommes pour assouvir les autres et à laquelle on s’est pliée. Il serait pourtant si facile d’assumer et de vivre l’amour qui, n’est-elle pas la plus belle chose qui puisse être dans ce monde ? Deux corps qui s’unissent envers et contre tout, pour la continuité de l’espèce mais également pour leur propre satisfaction, prolongement physique de liens invisibles et bien plus forts que n’importe quelle construction, fût-elle édifiée par des mains divines. Mais elle condamne parce que certains l’ont ainsi prescrit, ce corps délicatement avenant qui fut pourtant aimé de deux chevaliers, qui aurait pu l’être par de nombreux amants si elle l’avait voulu et si elle n’avait pas eu peur, et qui détourna même un cardinal du chemin religieux qui était pourtant le sien. Enfin, après tout, ce qui compte c’est qu’elle dépasse outrageusement les limites dans le secret de leurs retrouvailles. Dieu choisit seul les siens, même si certains mortels se dressent en sauveur du monde et établissent un tri subjectif entre les impurs qui ne font que rendre des hommages charnels à leur créateur et les purs qui n’ont rien compris a la vie. Dieu reconnaîtra les siens le moment voulu.



Seul bijou qu’elle ne quittait jamais, sa fine alliance d’or ciselé qui règne à son annulaire gauche. Elle caresse pensivement la bague sacrée, symbole de leur union. Etrange échange que celui qui fut fait ce jour devant une assemblée conséquente dont elle ne pouvait se soucier, trop perdue à se noyer dans la mer bleue flamande de ses yeux. Elle a remplacé cette autre alliance qui lui fut passée par erreur. Ils sont des unions qui devraient être consacrées et qui ne le seront jamais, d’autres qui se devaient de l’être et qui le furent, et d’autres enfin qui n’auraient jamais dû l’être ; celle avec le Vicomte d’Isle trouvait sa place dans les deux dernières catégories : une alliance pour consacrer son rang légitime à un fils tant aimé, une alliance pour consacrer un amour tombant en ruines. Elle reposa désormais avec sa jumelle malheureuse dans une petite boîte de noyer sombre, rangée au fond d’un tiroir de son bureau, vestiges d’un passé révolu et attendant patiemment une attention dont la Rose n’a aucune idée de la nature. Elles iront sûrement à son fils, témoignage bien sommaire des épousailles et de l’amour de ses parents. Quand ? Un jour probablement. Lequel ? Un jour et ce n’est déjà pas mal. Peut-être quand il sera en âge de recevoir son héritage. Peut-être quand il rentrera de son séjour passé en terres damnées. Quand ? Un jour probablement. Lequel ? Un jour, et ce n’est déjà pas mal. Il faudra sans doute l’envisager. Mais est-ce pour lui qu’elle organisera son retour estimant qu’il n’a que passé trop de temps au milieu des meurtriers de son père ou est-ce pour elle, mère en manque de son enfant qui a peur de lire dans son regard noir le reproche d’un quelconque abandon ? La première ou la seconde, voire même les deux options. Lui envoyer une lettre, peut-être devrait-elle l’envisager. Peut-être.



Le temps passa lentement au milieu du néant naturel, favorisant les réflexions plus ou moins judicieuses, plus ou moins censées. Mais qu’est-ce qui peut être judicieux ou censé lorsque l’on se trouve perdu en pleine forêt avec pour seule compagnie un vieux garde râleur et ses vieux démons qui n’ont de cesse de vous poursuivre et qui vous fatiguent, que vous ne le vouliez ou non. Même le plus fort des hommes ne peut rien contre les faiblesses de son organe vital le plus précieux. Un cœur se fatigue. Celui de la Rose s’épuisait silencieusement à l’abri d’un corps amaigri qu’elle ne prenait pas le temps de nourrir, ni de ménager, jouant souvent avec des limites fatales.

Elle se redressa soudainement dans une grande respiration bruyante qui ne sembla pas trouver de fin. Une main posée au niveau de son cœur, elle semblait être sujette à une crise d’asthme injustifiée tant sa respiration était violemment saccadée.


- Dame ! s’écria le capitaine qui se remit sur ses pieds et se précipita vers elle.

Impression qu’une main a percé votre poitrine et que ses doigts avides et glacés se referment sur votre battant pour vous l’arracher sans état d’âme. Elle en souffrait tellement que des larmes lui coulèrent machinalement de ses belles émeraudes pures. Le vide était là, pressant et angoissant. Elle ne savait que faire et encore moins ce qui lui arrivait. Elle s’agita alors que la sagesse aurait voulu qu’elle reste calme. Elle tenta de se mettre debout, en vain, aucune de ses jambes ne répondant à ses ordres ; tout juste réussit-elle à se retrouver à genoux, le buste penché en avant, sa main resserrée sur son sein douloureux, de sa bouche entrouverte et soufflante s’échappant une salive sèche.


- Calmez vous. Ca va aller… s’avança à dire le garde, guère plus calme que la fleur affolée. Il posa sur son épaule une main qu’il voulait rassurante. Que pouvait-il faire d’autre ? Il n’était qu’un homme d’arme, en rien médicastre. Il l’invita à s’allonger, épreuve difficile, le pauvre corps meurtri étant parcouru de spasmes torturants. Respirez Dame, respirez… La porter sur le champ au Château fut une idée qui lui traversa l’esprit. Mais ils en étaient assez éloignés et la course rapide ne lui serait sans doute pas bénéfique. Il n’y avait qu’à attendre qu’elle se calme et il la ramènerait en lieu sûr. Elle avait le don de le rendre fou, mais pas de cette folie qui gagnait le Comte lorsqu’il se trouvait dans le giron de son épouse. La Rose impériale se retrouva allongée tant bien que mal et il la couvrit de son court mantel aux armes flamandes. Il sembla que son corps gagna en immobilité. La crise semblait être passée, mais dans les yeux comtaux se lisaient cette peur qui envahit tout être vivant lorsqu’il se trouve face à celle que tous redoutent et désirent par instant: la Mort.

Un cœur c’est fragile, comme du fin cristal qu’il faut manier avec délicatesse pour le pas le briser. Un coeur pour vivre, un coeur pour aimer. Un coeur, mais qu'en est-il du sien? Rose qui sombre dans une fatigue angoissante, lourd sommeil silencieux...

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daresha
Rose Impériale
avatar

Messages : 158
Date d'inscription : 29/09/2007
Localisation : De l'autre côté du miroir

MessageSujet: Re: Quand l'appel du vent se fait irrésistible   Sam 16 Aoû - 19:37

En cours d'écriture...

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain.

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Eblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin. *



Un poème, une ode étrange, quelques mots qui s’élèvent dans son esprit sans raison. Une larme discrète s'écoule le long de sa joue alors que ces curieux vers résonnent dans son âme apeurée, histoire d'une Rose, fleur fragile qui finit par se faner, parce que le temps n’a pas pris le temps de s’arrêter sur ses belles qualités pour les sauvegarder. Elle est cette Rose, aux pétales blancs et doux, éveillée aux plus profonds sentiments par un astre encore plus brillant que le Soleil, mais qui, à l'ombre de l'absence, sombre dans des abîmes sans fin pour ce non retour auquel aucun être humain ou animal, ne peut prétendre échapper. Ainsi l'heure fatale est donc venue? Ne l'a-t-elle pas longuement désiré comme le Vicomte y avait longuement aspiré lorsqu'il était en vie? S’il n’en montrait rien, ses yeux, fidèles miroirs bavards de l’âme, avouaient le fond de son cœur las. Elle le comprend maintenant, même si cela est bien trop tard pour le lui dire ; elle comprend cette fatigue qui l’a habité ; elle l’accepte enfin, elle qui l’a toujours reniée. Elle l'a souhaité ce sommeil éternel donné par une main froide, mais alors qu'elle s'y trouve enfin face, elle sent la peur lui glacer le liquide pourpre de sa vie. Mourir fait si peur mais tout sera tellement plus facile après. Vient donc, douce Glaciale aux innombrables amants qui n"ont su y résister. Juste un baiser, un seul, déposé sur les lèvres comtales tremblantes. Juste un baiser, juste un seul...
Haut brille le soleil et éclaire la clairière dont la nature virginale a été dénaturée par la présence du Capitaine et de la Rose mourante. Sur le visage blanc mortel, courre un rayon timide; appel de la vie contre la mort, mais finalement, elle seule peut encore décider quelle main tendue elle choisira. Une destinée peut se vivre autant qu’elle se subit, il suffit juste de le vouloir.[/b]

- Bérénice.... Adrian... Guillaume...
[i] De sa bouche entrouverte, s'échappent les noms des trois êtres qui lui sont le plus cher en ce bas monde agité; un époux longtemps désiré avant que de se trouver liée à lui ; une toute petite fille née de lui en bénédiction de leur mariage ; un premier fils, déjà grand, né de ses premières amours tumultueuses. Tous les trois sont là, devant elle, leurs visages flottant au gré d'un vent léger imaginaire. Ne sont-ils pas ce qu'elle a toujours désiré? La vie est imparfaite, prend beaucoup et ne donne que très peu. Mais est-ce une raison pour faillir et nier le peu qu'elle a consenti à donner? Prendre et préserver ce qui est à soi, y chérir, y veiller contre tout et surtout contre les turpitudes imprévisibles de la vie et surtout, ne pas donner raison à ce destin moqueur.
Peut-être une flamme qui reprend au fond de son être. Nouvelle envie, nouveau désir, les revoir tous les trois, qu'importe où et qu’importe comment. Elle retournera en Empire chercher son fils, dû-t-elle les assassins satisfaits du Vicomte d’Isle; elle ira sur le front breton retrouver son époux, dû-t-elle défier mille lances bretonnes. Et tous les quatre seront réunis, au moins un peu de temps, avant que le Chevalier ne doive repartir pour d’impérieuses et stupides raisons. Mais le tour viendra pour Adrian de suivre la même voie que son père et bientôt, il quittera le cocon maternel dans lequel il ne vit déjà que peu. Il lui restera sa petite dernière, au moins le temps que ne vienne pour elle de suivre la destinée que ses parents auront choisie, sans même se douter qu’elle pourrait en souffrir. Les parents pensent toujours faire le meilleur pour leur progéniture. Mais le meilleur est une notion bien abstraite, dont la définition n’a de cesse de changer d’un individu à un autre. Toutefois, qu’importe, l’important c’est qu’elle y croit.

- Rentrer...
- Vous devriez vous reposer. Nous rentrerons après.
- Maintenant... Je veux rentrer, maintenant…
- Quand vous aurez recouvré vos esprits.
Rose toujours aussi têtue malgré l'incident qui vient d'avoir lieu et dont elle a été victime. Elle tente de se redresser difficilement, sa poitrine encore emballée dans un rythme anormalement douloureux. Sa dextre tâtonne et cherche un appui vain auprès d'elle. Seul le vieil arbre pourrait servir, humble appui naturel, mais encore faudrait-il qu'elle s'en rende compte et qu’elle prenne conscience de sa présence, son esprit étant encore embrumé d’épais nuages d’incertitude. Debout se sera peut être mieux, mais c'est là une bien grande folie et si un bras ne l'avait pas soutenue, elle se serait lamentablement effondrée.
- 'Devriez attendre un peu Dame.
- Peut etre...
Mais peut-être que non. Avec une grande peine, elle déplie ses jambes vacillantes sous elle, et entreprend de faire quelques pas, non sans être aidée de son garde dont l’esprit doit hésiter entre l’abandonner ici parce qu’elle lui chatouille un peu trop le système nerveux ou l’attacher et la forcer à rester tranquille ; mais reste à savoir avec quoi lui lier les pieds et les poings, il n’a rien pour ce faire sous la main.
- Vous êtes sûre que ça va aller ?
- Oui, j’en suis sûre. lui répond elle sèchement.
- Vous devriez vous tenir tranquille.
– Et vous devriez vous mêler de ce qui vous regarde… reprend-elle d’un ton encore moins cordial que le précédent, tout en marchant tant bien que mal, titubant à la manière d’un saoulard imbibé de vinasse de piètre qualité. Sauf qu’elle n’a pas bu, mais elle aurait sans doute préféré se prendre une cuite monumentale, elle aurait sans doute beaucoup moins souffert, mais pas sûre qu’il soit tout de même très utile de lui poser la question pour en avoir la confirmation.
- Vous êtes sacrément têtue ! C’est pas possible ça ! Vous pouvez pas rester tranquille cinq minutes non ? C’est pas possible ? Y a une abeille qui vous a piqué le cul c’est ça ? Vous pensez qu’il va dire quoi le Comte en vous voyant dans un sale état ? Vous croyez qu’il sera super content ?
- Mais de quoi je me mêle. Allez vois ailleurs si j’y suis…
- Non, parce que j’ai pas d’autre choix que d’être là.
- Oh, mais vous l’avez ! Mais vous êtes bien trop apeuré par les réactions d’un Comte qui ne se trouve même pas ici ! J’ai besoin de personne et encore moins de vous !
- Et ben justement. Débrouillez vous ! Sur ces derniers mots, le Capitaine de Marchiennes rejoind sa monture et se hisse en selle, sans un regard pour la Comtesse. Qu’elle se débrouille, se murmure-t-il à lui-même, excédé du comportement comtal. Et qu’elle y reste, ça nous fera des vacances… Mais voilà qu’au bout de quelques pas, il se décide à faire demi-tour. Bon, vous êtes calmée ?
- Je suis toujours calme, soupire la fleur fatiguée en attrapant les rênes de son jeune frison qui relève la tête et s’ébroue, une touffe d’herbe fraîche entre les dents. S’il te plait, reste tranquille, je n’aurais pas la force de supporter tes frasques. Veux tu ? , glisse-t-elle à l’oreille de l’animal qui semble s’être mis à l’écoute de sa cavalière. Première tentative de se mettre en selle ; pied qui loupe l’étrier. Seconde tentative, élan impossible à prendre pour se soulever.
- Bougez pas. Je vais vous donner un coup de main.
- Je ne vous demande rien.
- Et je ne vous demande pas votre avis. On va pas y passer la nuit.
- Laissez moi tran…
- Quille, je sais, finit le vieux garde qui mit pied à terre quelques secondes plus tôt et qui rattrape in extremis l’épouse de son maître avant qu’elle ne se retrouve le séant par terre. Si vous permettez enfin, je crois que vous n’allez jamais y arriver. Alors arrêtez d’être encore plus têtue qu’une mule et acceptez que je vous aide. On a tous à y gagner, que vous le voulez ou non. Et de toute façon, je ne vous en laisse pas le choix.
- Je sais monter à cheval.
- Ca je sais. Mais dans votre état, là, j’en doute. Maintenant si vous voulez bien… Sans attendre toutefois une réponse, il l’aida à se mettre en selle, non sans avoir laisser traîner inconsciente ( ?) sur le fessier comtal.
- Allez y, faites comme chez vous. Tripotez moi, je ne dirais rien.
- Je ne vous ai pas tripotée.
- Bien sûr que non… Ne me touchez pas.
- Vous inquiétez pas, j’en ai pas l’intention. Je préfère encore votre servante. Au moins, quand on lui dit de ce se taire, elle se tait, et ne crie que pour la bonne cause, sourit il d’un air pervers.
- Epargnez moi les détails salaces de votre vie, merci.
- Pourquoi ? Ca vous gêne ? Me dites pas que vous êtes si coincée. Quand le Comte est là, y parait que ça résonne bien dans les couloirs !
- Mêlez vous de ce qui vous regarde, si vous ne voulez pas finir pendu au bout d’une corde ! s’énerva-t-elle. Elle talonna légèrement son noir destrier et partit de l’avant, se rattrapant de justesse au pommeau de sa selle, alors qu’elle penchait un peu trop sur la droite.
- Je me mêle, rassurez vous, je me mêle…
Et sur des piques fusant de part et d’autre entre les deux cavaliers, le chemin inverse se fit jusqu’au château.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Quand l'appel du vent se fait irrésistible   

Revenir en haut Aller en bas
 
Quand l'appel du vent se fait irrésistible
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Quand on traque Ishana, on ne fait pas semblant. [Libre]
» [Île du Shuriken ] La chute d'une étoile
» Quand l'originalité d'un cadeau fait le bonheur de celui qui le fait
» Quand je vous dit que Barbie fait des ravages, c'est pas des blagues
» Quand on parle d'inverser, on fait pas semblant.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: La Forêt :: La forêt de Marchiennes-
Sauter vers: