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 Pour une pierre froide

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Daresha
Rose Impériale
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Messages : 158
Date d'inscription : 29/09/2007
Localisation : De l'autre côté du miroir

MessageSujet: Pour une pierre froide   Mer 2 Fév - 22:11

Préambule

Te souviens-tu des années qu'ensemble nous avons passées ? Toi et moi, liées l’une à l’autre depuis ton tout premier jour dans ce monde infernal, depuis ton tout premier souffle. Toi et moi, inséparables depuis le début, moi attendant patiemment l’instant propice pour me dévoiler à toi, te surveillant du coin de l’œil, épiant le moindre de tes faits et gestes, la moindre de tes folles pensées. Toi, naïve et fragile et pourtant persuadée du contraire, enveloppée dans ce beau costume d'apparence qui a su en tromper plus d'un. Tu as essayé de te dresser contre moi, de me résister, de monter des barrières futiles qui ont volé en éclat. Te souviens-tu ? Je suis à la fois moi et toi. J’ai été à la fois toi et moi. Pour le meilleur et pour le pire. Et pour ensemble mourir. Ne me rejette pas, accepte moi enfin. Ton combat fut long et vain. Tout a toujours été vain. Ouvre toi une dernière fois Rose d'argent aux pétales qui se ferment pour une dernière danse. Je suis ta seule compagne, celle qui ne t'auras jamais quittée, contrairement à ces autres qui t'étaient si chers. Ou sont-ils aujourd'hui alors que tu te prépares à ton dernier voyage? Ils t'ont abandonnée, délaissée dans ta douleur, te laissant te noyer dans ta solitude sans se soucier de ta souffrance. Viens enfin à moi, fidèle parmi les infidèles. Tu ne mourras pas seule...

Il était un début. Il est désormais une fin. La fin d'une vie, la fin d'une Rose aux pétales fatigués d'avoir tant vécue dans la douleur. Elle avait tout, tout ce à quoi chaque individu aspire au moins en partie : richesses, connaissances, amours perdues et amours gagnées, descendance digne de ce nom. Elle n'a plus rien, seulement des souvenirs qui s’effacent au fil des jours, devenant flous les uns après les autres. Les richesses se sont amenuisées sous les abus de confiance dont elle n’avait conscience, les connaissances s’en sont allées, plus guère utiles à un esprit fatigué. Les amours s’en sont éteintes dans une mort envahissante et oppressante. Les enfants s’en sont partis au loin, pour vivre une destinée déjà toute tracée par leur sang et leur ascendance peu communs. Elle n’a désormais pour seule amie que la solitude dévastatrice. Ame errante au cœur lourd et blessé, hantant les murs froid d’une vicomté qui était pourtant réputée pour le bien vivre. Ame dormant dans un lit froid qui, fut un temps, brûlait sous la chaleur de deux corps enivrés d’amour et se fondant l’un dans l’autre, franchissant sans aucune culpabilité les frontière de la moralité. Fantôme oscillant entre la vie et la mort, quittant la première pour rejoindre la seconde, mais retenu par un fil invisible qui n’est pas décidé à rompre malgré toutes les prières auxquelles elle s’est adonnée.

Attendre encore et toujours. En vain. Supplier encore et toujours. En vain.
Tourments qui la hantent et la dévorent sous les rires moqueurs d’un second elle, qui vit au plus profond d’elle et qu’elle a toujours renié : sa folie. Cette folie qui n’est autre qu’un miroir lui renvoyant une bien triste image d’elle-même, pathétique, écœurante. Elle fut grande, pleine de prestance et de noblesse délicates et douces, attirant le respect. Beauté simple attirant les regards, leurs regards. Fleur fanée qui n’attire plus que la pitié. Et qui ne rêve de plus qu’une chose : que la Faucheuse réponde enfin à ses avances pleureuses.
Et tu attendras encore et encore, ton heure n’est pas venue. Tu paies enfin ta dette envers le peu de bonheur que tu as eu. Tu es redevable de beaucoup envers ce Dieu si absent et si inexistant que toi et tes semblables vous obstinez à prier. Il te faut souffrir encore, il te faut encore pleurer même si tes yeux ont tellement versé de larmes qu’ils se sont asséchés, pour mieux comprendre ce que tu as perdu.
Elle y a tellement cru pourtant. Tout semblait si réel, tout semblait promettre de durer dans le temps. Mais tout finit par lui échapper, balayer du jour au lendemain sans aucune raison. Rien n’avait prédit que tout s’effondrerait comme un château de carte, comme une forteresse de sable soufflée par le vent.

A errer dans les couloirs, tout le monde l’évite, baisse les yeux. Personne ne sait comment la Dame peut réagir. Rire. Sourire. Pleurer. Crier. Balance entre raison et déraison, l’un n’allant sans l’autre, s’alternant sans prévenir.
Fatiguée. Lasse. Vieillie. Il ne l’aura pas vue se couvrir délicatement de rides, signes indélébiles du temps qui s’évertue à passer en se moquant bien des hommes. Il n’aura pas vu ses longs cheveux fournis dans lesquels il se plaisait à passer ses mains, se teinter de blanc et devenir plus fins, plus ternes. Il ne pourra jamais deviner que ce regard vert qui reflétait le charme, perdit tout son éclat. Il ne pourra jamais se douter que ce cœur qui tend à rendre l’âme, la rend par sa faute. Sa faute… a-t-il seulement été fautif ? Comment aurait-il pu savoir qu’un drame l’attendrait au détour d’une route qu’il connaissait par cœur ? Qui aurait pu se douter de quoi que se soit ? Etait-ce vraiment un drame ? N’était-ce pas plutôt prévu, calculé ? N’avait-il pas dans la tête cette idée de se détourner enfin d’elle ? de la fuir ? De l’abandonner, comme l’avait fait son frère avant lui ?

Les paupières sont fermées et une larme coule sur la joue pâle. Sous une poitrine qui fut ronde et généreuse, et désormais affaissée, un cœur bat, lentement à un rythme malgré tout régulier, sans être fort, sans être faible non plus. Il bat, tout simplement. Il bat parce qu’il doit battre, parce que ce n’est pas encore l’heure même s’il a saigné plus que de raison. Elle n’a aucun pouvoir sur lui, tout comme elle n’a aucun pouvoir sur sa vie, même si elle y a longtemps cru. Un long frisson lui parcourt l’échine. Il fait froid. Elle se couvre d’un châle épais tissé par d’habiles mains flamandes et se tasse un peu plus dans son fauteuil qu’elle ne quitte que rarement. Combien de fois s’est-elle assise là sur ses genoux ? Combien de fois se sont ils aimés dans cette chambre, oubliant pour un temps toutes leurs obligations ? Tout est bien loin, trop loin, à des années de l’instant présent. Si seulement… Si seulement elle s’était contentée d’une union arrangée, sans amour, juste pour la richesse, juste pour les titres et les terres, juste pour remplir ses devoirs de femme à offrir à un homme un héritier tout en gérant banalement ses affaires. Sans rien de plus. Sans sentiments. Si seulement… Mais elle l’a aimé depuis le premier jour. Mais elle l’a voulu. Elle l’a désiré. Elle s’est damnée pour lui, s’offrant en dehors de toute morale et de tout lien religieux, jusqu'à donner naissance à une bâtarde morte née. Que n’a-t-elle pas fait ? A mettre en avant ses charmes pour le séduire et enfin le lier à elle. Pour si peu de temps, cela en valait-il la peine ?

Finalement, rien n’en valait la peine. Même les deux héritiers qu’elle laisse derrière elle. Pourtant, combien de femmes auraient voulu être à sa place ? Ne fut elle pas la seule à donner un fils légitime à ce cher Destructeur qui l’avait pourtant prise pour épouse ? Et qui avait accepté qu’elle porte un enfant après maintes tentatives ? Et cette enfant du même sang de Guillaume. Peut-être n’est elle née que pour se faire, que pour se torturer les chaires à enfanter. Elle aurait pu le faire sans aimer, sans désirer. Fichue vie. Fichu destin. Comme une envie de ne jamais rouvrir les yeux. Comme une envie de ne pas se donner la peine de retenir ce livre qui glisse d’entre ses mains et qui, dans un bruit de froissement de pages, tombe à terre. Comme une envie… Comme une envie de dormir, de ne plus écouter cette voix qui l’appelle, qui se mêle de tout sans qu’on l’invite à se faire. Juste une envie de cesser de respirer enfin, sans s’en rendre compte. Juste une envie de mourir, tout simplement.

Et de glisser pour l’éternité dans un sommeil duquel elle ne reviendra pas.
Parce que cette fois il est l’heure.
Parce que cette fois c’est le moment.
Parce que cette fois, il est temps de mourir.
Enfin.

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Daresha
Rose Impériale
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MessageSujet: Re: Pour une pierre froide   Ven 25 Fév - 0:06

Suite au retour du Chevalier

Comment n'a-t-il pas été mis au courant sur le chemin du retour? N'a - t il pas traversé les villages installés sur la route menant au château? N'a-t-il pas eu vent des sombres rumeurs? Apparemment non et c'est des lèvres de leur fille unique qu'il a appris ce qu'il était advenu d'elle après toutes ces années de séparation. Quel triste tombeau que le sien. Certes la pierre est belle, le gisant est de belle facture, soigneusement travaillé pour présenter une Rose jeune et éclatante, et pour l'éternité endormie, les mains sculptées en prière et tenant une rose, son célèbre emblème. Le visage est serein, comme elle l'est à présent. Mais oui, quel triste tombeau. Car c'est sur une terre non consacrée que repose la belle comtesse. Et ce choix fut le sien, malgré le péril encouru pour son salut sacré. Lui en sera-t-il reconnaissant?
Et c'est assise, s'il est possible dans son état de s'assoir- c'est donc assise sur le bord de son tombeau, enveloppée dans une mousseline invisible qu'elle attend sa venue. Elle sait qu'il va venir. Elle sait qu'il va enfin venir la retrouver, mais pas dans l'état où il aurait du. Ce n'est pas la chaleur de ses bras et de son corps qu'il trouvera, seulement une pierre froide et glacial.

Il arrive, elle le sent. Elle a entendu aussi, les lourdes portes grinçantes et non entretenues de la petite chapelle. Ambiance étrange que celle du lieu saint qui ne l'est pas vraiment. Nombreux sont les cierges qui brûlent tandis que l'odeur lourde de la cire flotte dans l'air étouffant de la chapelle. Se peut-il que le chevalier entre dans un autre monde, cet autre monde où plus rien n'a d'importance? Le pas est lourd, le coeur aussi. En guise de futur, il n'aura que ses pleurs et ses regrets et elle ne pourra l'en soulager. Seule la mort le pourra. Elle le suit du regard, tandis que l'homme s'avance. Le Chevalier qu'elle a aimé appartient à un autre temps, révolu depuis des années. L'homme qui vient à elle a vieilli, accusant les années et de pesants combats, qu'ils fussent sanglants ou mentaux. Il lui en parlera et il sera persuadé de parler dans le vide. Il sera persuadé que cela soulagera sa conscience et qu'ainsi il obtiendra son pardon. Et elle l'écoutera vider son coeur si plein de douleurs. Où est il le Chevalier grand et fort? Et qui ne pleure jamais? Dans les rêves des petites filles.


-Que n'ai-je fais, douce Rose? Que n'ai-je fais?
Rien. Que pouviez vous faire à part vous faire porter par un destin sur lequel vous n'aviez aucune emprise? Il ne l'entend pas, mais elle répond une réponse qu'elle n'aurait jamais donnée si elle était encore vivante. D'ailleurs, si elle était encore vivante, elle se serait lovée dans ses bras, ses yeux auraient versé des torrents de larmes et ils n'auraient pas parlé. Ou si peu.
-Ainsi, vous avez choisi de me sacrifier votre salut éternel...
En effet, ce fut la mon choix. Mais que pensez vous du travail de l'artiste? C'est votre fille qui a choisi le maître d'oeuvre. Me voilà redevenue jeune et belle.
-Oh ma Dame..
Pourquoi vous mettre à genoux devant une pierre sans vie? Qu'attendez vous donc d'un vulgaire morceau de pierre?
- puissiez vous m'accorder votre pardon...
Il n'y a nul pardon à accorder. Cela ne relève pas de mes capacité, Chevalier.
- non... je ne puis vous le demander. Je n'en ai pas le droit... grand dieu, si vous n'aviez été comtesse et si je n'avais été chevalier...
Les si peuvent être nombreux, cher Ami.
- J'ai revu notre fille... à elle aussi je dois lui demander pardon.
Elle vous l'accordera, mais elle est jeune et impétueuse. Elle vous l'accordera et elle se pliera à son destin. Je l'ai engagée pour des noces comtales, mais j'ai eu vent qu'elles n'avaient pu être célébrées. Il vous faut vous reprendre Chevalier et lui trouver un autre promis. Elle est née pour cela. Ainsi, elle ne vivra pas ce que nous avons tous deux vécus.
- Elle vous ressemble... c'est notre fille et ce n'est là au final qu'une étrangère. Comment pourrais-je la blâmer de me rejeter et de me traiter en étranger?
Cela passera Chevalier. Cela passera.

Tout passe. Tout commence. Tout fini. Et il faut faire avec. Combien de temps restera t il à prier? Elle sera là de toute façon à chaque fois qu'il viendra. Ou irait elle de toute façon? C'est qu'elle en rirait presque si elle le pouvait.

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Guillaume_de_Jeneffe
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MessageSujet: Re: Pour une pierre froide   Ven 25 Fév - 4:24

Il lui a parlé, il s'est parlé. Les questions qui vont aux morts ne sont chez lui que les interrogations qu'il se pose. Il ne parle à voix haute que parce qu'il se voit seul. Dans la petite chapelle, il se sent protégé de l'extérieur. Loin de lui étaient les pleurs qui l'avaient submergé. Le lendemain, il s'en voudrait de s'être montré aussi faible. Pour le moment, il avait déjà oublié. Ne lui importe plus que son tête-à-tombe.

- Je suis resté bien loin de vous, belle amie. Les paroles viennent moins désordonnées et prennent la forme d'un monologue raisonné. Plus longtemps que ce que j'avais pensé. Vous épousiez un chevalier qui devait partir en mission. Mais j'ai été absent plus encore que ce que n'a jamais duré aucune guerre. Il est fini le temps de nos discussions. Plus jamais je ne vous serrerai contre moi. J'ai redouté ce moment tout au long de ces années. J'ai été indigne de vous. Je ne sais même comment vous êtes... comment tout a fini. Je sais uniquement que j'ai failli. Je vous devais amour, protection et soutien. Je ne vous ai apporté qu'un amour qui vous a conduit au désespoir et à la mort. Et je suis incapable de rien faire qui change cela.

Il baisse les yeux un instant et son regard se pose sur une partie des lettres gravées. Il se dit alors qu'il lui faudra découvrir ici aussi ce que furent les dernières pensées de son épouse. Le passé s'impose à lui, une fois encore. Mais il le sait, il ne pourra le changer.

« Je devrais vivre avec cela. Sans m'en plaindre. C'est de mon fait que tout cela eut lieu. Je ne peux le fuir, ni l'éviter. C'est le présent que je peux encore influencer, améliorer. C'est notre fille sur laquelle je dois veiller. Elle ne le voudra certainement pas. J'espère que cela changera. Je m'y emploierais. C'est une promesse. Tout ce que je pourrais faire, je le ferai. Elle est tout pour moi, désormais ».

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