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 En enfer pour le paradis

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Guillaume_de_Jeneffe
Licorne Royale
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Date d'inscription : 29/09/2007
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MessageSujet: En enfer pour le paradis   Dim 11 Juil - 23:31

Dieu que la vie de guerre est la même partout. Dieu que tout cela n'a de sens que pour ceux qui la vivent. Car encore et toujours le vieux chevalier flamand se battait, aujourd'hui plus qu'hier et moins que demain, dans ce monde qu'il ne connaissait pas, entre des frontières qu'il n'imaginait pas, au milieu d'hommes dont il ne savait rien.

Depuis son départ de la tente du Castriote, la voie avait été courte, et longue à la fois. Courte car il n'avait fallu que peu de temps pour que la guerre le retrouve, à nouveau frappée du croissant, longue parce que chaque jour, au lieu de l'en rapprocher, semblait éloigner de lui la contrée aux lys dorés et aux lions hardis. Son armure à nouveau enfilée, sa place à nouveau trouvée, il avait rejoint ces hommes, plus nombreux, mieux armés, mais plus effrayants surtout. Chacune de ses étapes était un nouveau palier dans sa découverte de la haine humaine. La haine humaine, arme si redoutable – n'en avait-il pas lui-même été le jouet comme la victime, l'instrument comme le moteur ? – s'était encore raffinée depuis que les évêques en avaient fait l'idéal ultime du
miles Dei. Et Guillaume en prenait sa part, certain qu'il ne pouvait y avoir d'autre Dieu que celui qu'avaient servi Jeandalf et Illinda.

Aussi, ici, aux ordres du Dragon, car tel était le surnom du prince qu'il servait, il avait agi comme, des années plus tôt lorsqu'il cédait aux fidèles de son Dieu sa place en Enfer, ou en Paradis. Il ne servait plus un roi, dont les absences n'avaient jamais été un problème à ses yeux – Charles VI le Fol ne fut-il pas servi par certains des plus grands princes que la France portât jamais ? – mais un Dieu dont l'absence était la preuve-même de l'existence. Et tous les soirs s'endormait, non en maudissant l'idiotie de quelque officier royal qu'il eut voulu remplacer, mais en confiant au Très-Haut le soin de racheter ses fautes.

Il en riait parfois sous bassinet quand, à l'instant où ses talons en suspension retardaient le labourage des flancs de sa monture, lui revenait le visage du vieux Loup. Que ne s'étaient-ils battus tous deux, et bien d'autres avant, avec et après eux, contre une Rome qui voulait faire de Paris sa banlieue, et de la France son pré carré. Que ne savait-il les idées du vicomte comtois, et où elles l'avaient conduit. Et que n'était-il aujourd'hui employé à lutter
ad maiorem ecclesiae gloriam. Lui, l'ancien Grand Maître de la Licorne, chimérique ancien poil à gratter du cardinal borgne, le voila faisant mission de croisé. Ironie de l'histoire, humour du destin.

Et, punition autant que récompense, il survivait à chacun de ces jours. Avec toujours plus de sang sur les mains, condamné à y replonger encore et encore jusqu'au moment où il rejoindrait les siens. Les siens. Il y pensait. Tous les jours serait mentir. Combien de nuits sans sommeil, de gardes périlleuses, l'avaient-elles tenues éloignées des préoccupations du Sang, de son Sang. Mais ses prières allaient vers eux, suppliant le Créateur de payer par ses œuvres le bonheur de son lignage, et de ses proches. Licorne, Flandres, Royaume, ses amis n'étaient jamais longtemps absents de ses pensées. Une taverne et c'est la Tournai joyeuse qui renaissait à ses yeux. Époque où une pas encore princesse s'esbaudissait avec un vampire qui n'en avait que les canines, où la bière n'avait pas le temps de reposer dans les barriques, où tout n'était que joie et rire, la politique même s'effaçant après les élections. C'était un chapitre qui lui revenait à l'esprit quand on célébrait quelque mariage à l'ombre d'un large castel. Et c'était les jours, les soirs et les nuits passées dans les moellons normands qui ressuscitaient lorsqu'il était convié à quelque discussion politique ou militaire.

Et, parfois, des brisures, un cœur qui manquait un battement, ou deux, une respiration qui se coupait sans qu'il en sache la raison. Aussitôt, il se sentait faible, isolé, triste et blessé. Il ne savait ce que cela impliquait, peu enclin à croire qu'un corps fatigué pouvait traduire les malheurs d'une famille maintenant bien loin. Mais cette crainte, diffuse et par là-même omniprésente, ne le lâchait guère. Il savait qu'il l'avait abandonnée, cette lignée. Il se haïssait, parfois, de n'être aujourd'hui à ses côtés, mais son honnêteté, si souvent louée quand il s'agissait de ce qui pouvait être su des autres, était bien faible face aux démons du chevalier. Refuser de réfléchir plutôt que d'affronter ses propres craintes, plonger son esprit ailleurs, chose si aisée lorsqu'on vit là où il vit maintenant, voila le remède qui lui évitait de voir ses fautes en face, et de plonger dans la folie.

Même lorsque, il y a bien des jours maintenant, il s'était réveillé, au milieu d'une nuit sans lune et sans cauchemar, en sueur et paniqué, avec l'image de la rose éternelle devant les yeux, il n'avait pu, n'avait osé, croire que cela pouvait n'avoir ne serait-ce qu'une once de lien avec la comtesse de Scye. Le sommeil avait eu beau se tenir éloigné, au matin, personne n'eut pu dire que sa nuit fut différente des autres.

Et encore, aujourd'hui, se dressaient face à lui archers et turbans, arcs et chevaux. Nombre de ceux-là finiraient en implorant leur Dieu de les recevoir dans sa miséricorde, nombre des siens vomiraient leurs entrailles en maudissant les chiens qui les avaient menés à la mort, sans que l'on ne sache qui étaient ces chiens. Les ennemis qui vous labouraient le ventre de leurs sabres recourbés ou les beaux capitaines de métal qui se soucient moins de la mort des leurs que du prestige de la victoire.

La tête est à nouveau enserrée dans son sarcophage de métal, les doigts s'enroulent à nouveau autour de la lance, les rênes sont à nouveau assurées dans une poigne qui ne les abandonnera même pas au moment du grand Départ. Puis, soudain, un blanc oiseau qui passe. Pensées qui migrent au sud-ouest, là où l'Océan devient marais, et où est née sa filleule. Sourire triste qui se dessine au coin de ses lèvres. Il aimerait tant la revoir, elle qui d'enfant est devenue chevalier, de source de rire origine de fierté, pour encore une fois remercier l'humour licorneux de la lui avoir « foutu dans les pattes ».

L'instant d'après, Colombiers, Haisnes et adoubement ont disparu, « Rosa » est le seul mot qui sort, hurlé comme le plus terrible des cris de guerre, quand Guillaume se projette dans la bataille qui, au soir, aura ensanglanté le sol et offert tant d'acclamations à celui qui les mène, et que tous saluent, unis dans une même communion sonore, du simple mot de :
« Vlad ».

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Guillaume_de_Jeneffe
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MessageSujet: Re: En enfer pour le paradis   Mer 14 Juil - 11:03

[HRP: Histoire de vous faire baver, sachez que ce rp a été écrit à l'occasion d'une pause de midi, à l'ombre du château Saint-Ange.

À l'abri des contreforts, il attendait. Le soleil, cet ennemi, avait fini par se faire discret, puis oublier. La vie sous Phébus vous endure, vous rend plus sec, plus avare de vos mouvements, et de vos paroles. Déjà que là n'était pas sa plus grande qualité, voici le chevalier encore plus secret, encore plus taiseux, encore plus muet. Il sait mais veut oublier ce qu'il fait ici, à se rôtir la chair sous les rais du midi. Il guette la plus petite brise, le plus léger souffle de vent, jusqu'au courant d'air que dégagerait un homme qui, lui, aurait l'énergie de se mouvoir. Aller jusqu'à ne plus bouger la tête pour ne pas se brûler sur la maille chauffée à blanc. Son cou porte encore les marques de l'oubli de cette pourtant élémentaire précaution. Sur qu'en d'autres temps il aurait chambré la bleusaille qui se faisait ainsi navrer par ce qui doit la défendre. Mais pas ici, plus ici.

Le soleil a succédé à la pluie, aussi terrible qu'elle. Depuis des semaines qu'ils défendent la place, c'est à peine si les Autres ont pu approché deux fois leurs échelles et engins de mort. Dans ces conditions exceptionnelles pour le lieu et la saison, les capitaines des deux factions ont adopté la même tactique. Attendre. Pendant que les uns se reposent, confiants, sur les vivres entreposées à l'abri des remparts, les autres courent la campagne et vivent sur l'habitant, dans certains cas sur l'habitante. Et si les comtes, pashas, et autres bey se reposent dans leurs pavillons, le reste des troupes se morfond dans l'attente. On a déjà dressé des gibets, de part et d'autres. Et ils ont déjà servi, de part et d'autre. Sous les averses puis la canicule, leurs odeurs se sont mêlées, ironie d'une mort qui peut être si cruelle.

Lui, toujours, attend. De garde, cette fois. Comme si vraiment, aujourd'hui encore, quelque chose allait se passer. D'un effort, il dessine un sourire en coin sous sa barbe qui n'est plus si drue que quand il courrait les terres du roy.

Quel besoin, encore, de ralentir son retour, quel besoin de se perdre dans des terres dévastées des hommes, des éléments et des Dieux. Quel besoin de se jeter dans le ring divin ou deux barbus en sont venus au main.
Vanitas vanitatum et omnia vanitas. Son regard se baisse pour contempler à nouveau sa seconde peau, ce métal qu'il connaît mieux que les lins et brocards. C'est ce qui te fait, chevalier, cette armure. C'est elle qui te rend sûr de toi, c'est elle qui te fait croire à ta puissance, à ton influence dans ce monde. Qu'es-tu sans elle sinon un pantin qui se cherche un but ? Tu es entré en elle comme on choisit son sillon, et même si, presque mort, à Vendôme, tu as décidé de ne plus être un simple personnage mais de devenir acteur, rien n'a changé, au fond. Tu as choisi de faire ce que tu faisais déjà.

Le soupir se fait plus long que les précédents, plus sincère aussi. Qu'il est mauvais de penser quand on est seul. Agir, même sans savoir pourquoi, est toujours préférable. Alors la vieille carcasse se déplie, lentement. Il a appris à s'économiser, à ne plus noyer de sueur ses chausses sans raison. Puis il est monté, sur le chemin de ronde, et a regardé. Regardé ces hommes qui souffrent comme lui, mais que jamais pourtant il ne refusera de combattre. De vrais adversaires, de ceux qui sont venus par choix, ou du moins qui forcés savaient où ils allaient. De vrais guerriers. Et non plus des paysans, des matronnes, des gosses qui sortaient des faux ou des marteaux pour les repousser. Et qui aujourd'hui jouissent d'un repos qu'on dit éternel.

Puis c'est une mèche de cheveux qui se soulève, signal d'un temps qui change. Signal que tout va recommencer, si on s'y décide. Alors le Flamand n'hésite pas. Il empoigne un arc, l'arme d'une flèche d'if, l'enflamme dans les brasiers qui n'attendaient que cela, et la décoche. Elle monte haut, puis redescend, en cloche. Si le hasard, Aristote et tous les autres le veulent, elle tombera au milieu d'Eux, enflammera leur ville de toile et de bois, et les poussera au combat. Si Dieu le veut, Guillaume aura choisi de faire la guerre...

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MessageSujet: Re: En enfer pour le paradis   Mer 18 Jan - 0:28

Ce qu'il savait.
Ce qu'il savait lui revenait encore et encore à l'esprit. L'inaction avait une vertu, celle de laisser ouvert le champ de la réflexion. Ouvert à tous les doutes, ouvert à toutes les hésitations, ouvert à toutes les vérités. Celles qu'il se cachait depuis des années, celle qu'il refusait d'affronter, celle dont il se protégeait dans une fuite en avant tous les jours renouvelée. S'étourdir dans les dossiers « de première importance ». Prétexter l'intérêt supérieur du Royaume pour ne pas accepter de voir ce qu'il était lui-même devenu. Il le savait, qu'il n'était plus le même. Qu'il faisait défaut à ce qu'il s'était promis d'être, à ce qu'il leur avait promis d'être. Il n'était plus ce jeune homme plein d'allant et en même temps rendu muet par ce qu'il avait promis, par ce qu'il espérait. Il n'était plus le jeune homme presque insouciant qui se forgeait ses propres armes sous la bienveillance d'une chevalier. Il n'était plus cet ambassadeur presque hâbleur qui prenait la route pour jouer la survie de son Ordre comme d'autres entamaient une partie de soule. Pour la beauté du geste et le plaisir de se sentir vivre.

Vivre, il ne savait plus s'il le faisait même encore. S'il était autre chose qu'un fantôme qui vous surprend lorsque vous passez dans les couloirs et que vous entendez un bruit derrière vous. Un bruit qui peut venir des pas d'une souris, de la course d'un chat, du souffle d'une bourrasque dans quelque rideau mais dont vous êtes sûr qu'il n'est autre chose que le produit d'une surnaturelle manifestation. À voir le regard des autres, parfois, il pensait s'en approcher. À plusieurs reprises, d'ailleurs, il s'était interrogé. Cela en valait-il vraiment la peine ? N'était-ce pas aux vivants, aux vrais vivants, de devenir, d'être ce qu'il était, et de lui tracer ainsi le chemin vers le repos, vers le calme, vers le silence, vers la fin. Car de vie, il ignorait encore s'il en était pourvu. Certes il agissait comme si elle ne l'avait pas quitté. Séduisait, parlait, enseignait encore aussi souvent qu'il le pouvait. Mais était-il seulement encore entendu ? Ce temps passé en parole n'était-il pas un temps perdu que jamais il ne retrouverait auprès de ceux auxquels il tenait ?

Était-il encore vivant pour eux ? Se montrait-il encore assez présent ? Ne faillissait-il pas, là comme ailleurs ? Il s'était éloigné, peu à peu. Pour qui ? Pour quoi ? Pour une réalité qui lui avait volé la majeure partie de sa vie. Il hantait des couloirs comme il ne partageait plus leur existence. Il s'adressait à des gens qui devaient le mépriser comme il ne leur disait plus ce qu'il pensait, ce qu'il voulait qu'eux, ceux auxquels il tenait vraiment, sachent. Il s'effaçait de leur vie comme il avait effacé de la sienne ce qui faisait de lui un homme.

Il ne sentait plus cette joie de vivre qui en avait fait un tel compagnon de taverne. Il ne ressentait plus l'émerveillement à la vision de ce visage encadré d'ébène. Il l'avait perdue par son choix, par ses choix. Il l'avait su, dès lors qu'il avait refusé de regagner le royaume des lys plutôt que de « payer » sa dette en faisant la chose qu'il savait le mieux faire, la guerre. Il l'avait perdue, avait perdu son sourire, ses rires, sa chaleur, sa simple présence qui sur son cœur agissait comme un baume réparateur. Il s'en était privé et plus grave il l'en avait privée, lui refusant ce qu'il lui avait promis en la cathédrale brugeoise. Qui était-il pour infliger telle peine à ceux qu'il chérissait de tout ce que son âme pouvait encore chérir ? Il avait failli, et toutes elles en portaient les stigmates. Sa vie avait été égoïsme, et encore il poursuivait cette voie.

Après la comtesse, c'est la baronne qu'il perdrait. Après la mère, la fille. Après l'amour qui ravageait les sens, celui qui soulageait les peines, qui s'abreuvait de rires et de confidences. Celui dont il avait senti toute la puissance au soir des combats menés lorsqu'il voyait que la Lionne n'était pas tombée et avait triomphé des lames ennemis. Celui qui lui avait broyé les sangs quand elle était tombée à ses côtés. Celui qui l'avait privé de sommeil tandis qu'elle se débattait dans les mains des médicastres. Était-il vraiment si mauvais que rien autour de lui ne pouvait fleurir comme le Très-Haut l'avait décidé ?

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