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 Une odeur, une pensée

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Guillaume_de_Jeneffe
Licorne Royale
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Date d'inscription : 29/09/2007
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MessageSujet: Une odeur, une pensée   Lun 28 Déc - 0:42

Bande sonore

Le sel. Le sel. Toujours le sel. Cela faisait des semaines qu'il ne sentait plus que cette odeur. Elle s'était infiltrée partout. Jusque dans sa barbe, jusque dans sa sueur. Jusque dans le bois qu'il empoignait à longueur de journée. Pour un peu, même le son en aurait été chargé. Il avait pourtant longuement couru les côtes. De Flandres, de Normandie ou d'Artois. À pied, à cheval, en bateau. Mais jamais il ne l'avait senti autant qu'aujourd'hui. Plusieurs fois, déjà, il en avait vomi. Au point de rapidement se faire signifier, poings à l'appui, qu'il n'avait pas intérêt à recommencer.

Et ça, comme le reste, il l'avait assimilé. De toute façon, il n'avait guère le choix. Il ne savait toujours pas, à cette heure, ce qui avait provoqué sa situation. Et il n'avait pas d'autre solution que de continuer, perpétuellement, ce mouvement dont tant de fois il avait bénéficié. Et puis, au fil du temps, il avait fait connaissance de ses « collègues ». On ne pouvait pas dire qu'une amitié s'était créée entre eux. Plutôt une certaine estime, plus qu'une estime certaine. À part, peut-être, avec un certain Eusèbe, qui se disait proche d'un cardinal. Mais qu'est-ce que cela pouvait changer ? Pas de solution de sortie.

Alors, il avait fallu attendre. Attendre et encore attendre . Et subir, surtout. Subir et encore subir. Encaisser sans réagir, mordre sur sa chique. Au long des milles, sans rien laisser paraître. Il avait pu penser, écouter, réfléchir, regretter. Encore et toujours cette vieille histoire du nord. Quoique, dire le nord, c'était beaucoup dire. Depuis tout ce temps, il l'avait certainement laissé autant de fois au sud qu'au nord. Quoiqu'en fait, ça ne changeait rien à l'affaire. Il était seul, ou presque, dans cet enfer de bois salé. Et il ne comprenait pas pourquoi. On ne lui en avait rien dit, bien sur. D'autant que les seules conversations qu'il y avait eu ne furent qu'avec une Irlandaise, bien loin de se préoccuper du devenir du chevalier. Non, c'était bien autre chose qui l'avait intéressé, elle. Et des autres, il n'avait rien appris. Si ce n'est que son crâne n'était pas aussi résistant que ce qu'il aurait espéré.

Puis ç'avait été le noir, le silence, le sommeil. Et pour finir, il avait trouvé la place où il était encore aujourd'hui. Alors, il avait gambergé. Seul dans ses pensées. Tout lui revenait, en bribes, par morceaux. Il se souvenait d'elle, d'eux et des autres. Dans une longue mélancolie, il revoyait ses terres, ses amis, ses chevauchées. Revoyait ses guerres, ses accrochages, le sang qu'il avait répandu, les familles qu'il avait endeuillées. Comme la sienne, en fait, l'était certainement. Ce n'étaient plus les pleurs qui étaient venus, mais l'odeur de la haine, et du doute. Qui donc avait pu lui en vouloir au point de lui infliger cela ? Qui avait préféré lui offrir la souffrance que la mort, le questionnement que la certitude du néant, la perte des êtres chers que le deuil ? Certes, il avait tué, trompé, manipulé parfois, mais était-ce là raison pour ne pas lui faire savoir qui se vengeait ainsi de lui ? Car il ne comprenait pas son sort autrement que par la vengeance. Ne pouvait avoir manigancé cela qu'une personne d'importance, avec des relais dans les couches les plus ignobles de la civilisation, qu'une personne pour qui le mot vengeance ne se limitait pas à tuer en retour. Il fallait abandonner les gueux, qui ne pouvaient avoir commis cela. Abandonner donc la majeure part de ceux qui avaient reçu le baiser de sa lame comme dernier présent. Qui donc n'avait-il pas pris à rançon ou épargné, qui donc avait-il pu insulter sans espoir de pardon ?

À toutes ces questions, jamais il ne voyait de réponse, car jamais il ne pouvait concevoir que l'on se vengeasse de lui sans lui en faire savoir la raison. Alors, toujours, dans ses mais, revenait ce sentiment d'impuissance qui le laissait furieux, et incapable d'agir. Car ne restait dans ses mains que ce long morceau de bois, et autour de lui, personne pour l'aider. Tous le regardaient comme un possédé, certains même se moquaient de lui, plus ou moins ouvertement. Qu'il aurait aimé leur faire rendre gorge, à tous, lorsqu'il sentait cette vaine colère chercher à s'échapper.

Mais rien, toujours, il ressentait les liens qui l'empêchaient de se lever, de se battre, de fuir, de chercher cette vérité qui lui échappaient. Et il repartait alors dans ses souvenirs, ses regrets. Dans cette vie d'époux qu'il avait quittée si rapidement. Avait-il seulement su lui offrir tout ce dont il la voyait digne ? Avait-il su seulement s'assurer de la subsistance de sa fille, autrement que par un testament ? Certes, il l'avait tenue dans ses bras, lui avait sourit, joué, parfois, avec elle, emmenée, même, en cheval. Mais tout cela n'avait duré qu'un instant, qui rapidement s'était évanoui devant la vie qu'il avait choisie et que jamais il n'avait mise de côté. La souffrance, la guerre et la mort plutôt que la famille, la joie et les sourires. Il avait souvent dit qu'il aurait été égoïste d'abandonner l'épée pour sa famille. Mais là n'avait-il pas été, justement, sa principale preuve d'égoïsme, abandonner sa famille pour continuer à bénir l'ennemi de son épée ? Faire cette guerre de romans chevaleresques, exaucer ce rêve de gosse, et ne rien laisser l'en empêcher. Et cette pensée, sans contredit, sans personne pour le convaincre du contraire, faisait son chemin. Aussi, chaque fois, c'était découragé qu'il retombait sur son banc, bardé de chaînes, au milieu des autres galériens.

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Zalina

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MessageSujet: Re: Une odeur, une pensée   Dim 10 Jan - 22:49

A des milliers de lieues de là, dans un le froid de l’hiver des Flandre

Un jour un peu spécial. Mais un jour où la Peste ne pourrait pas faire ce qu’elle voulait en chair et en os. Le pourrait-elle via les pigeons ? Elle l’ignorait. Mais comme tous les ans les 10 janvier, un volatile fut envoyé vers l’inconnu. Peut être, qui sait, trouvera t’il son destinataire…
C’est donc le cœur gros et tentant de rester optimiste que la jeune femme se mit sur son bureau pour tracer quelques traces d’encre sur le vélin.


Citation :
A Guillaume de Jeneffe, mon Maistre,
De Zalina de Montmorency, votre apprentie dévouée.

Salutations et protection.

Maistre,

Voilà plusieurs mois, peut être années, j’avoue ne plus avoir le cœur à compter, que nous sommes sans nouvelle de vous. Pas une demande de rançon. Pas le moindre indice. Rien qui nous permettrait de savoir par où continuer les recherches. Je crains que plusieurs de nos amis est renoncés. Je m’y refuse mais ne sais plus comment faire.
Vous aviez toujours solution à tout. Sans vous, je me sens si perdue et impuissante. Inefficace dans tout ce que je dois réaliser même.

Comme les précédentes, j’ignore si cette missive vous parviendra un jour. Aucune n’a jusqu’à présent reçue de réponse. Mais je ne puis me résigner à croire que plus aucune missive ne pourra jamais vous parvenir. Peut être, un jour, l’un des volatiles reviendra à moi. Peut être celui-ci… Peut être le prochain…
Où que vous soyez, je prie pour que vous soyez vivant et bien traité. Qu’Aristote vous permette de revenir rapidement parmi nous, Maistre. Le Royaume a besoin de vous. Votre famille a besoin de vous… j’ai besoin de vous…

Bonne fête, Maistre.

Faict à Haines, ce 10ème jour du mois de janvier 1458.

La missive fut scellée et accrochée à la patte d’un pigeon. Zalina adressa une prière, déposa un baiser sur le front de l’animal et le lâcha enfin.

Va mon ami… Et rapporte moi des nouvelles.
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Zalina

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MessageSujet: Re: Une odeur, une pensée   Mar 9 Fév - 22:47

Paris, 9 février 1458

Un autre lieu, une autre date, un autre évènement, un autre pigeon… peut être enfin la réponse attendue au bout du voyage. Inlassablement, Zalina reprit parchemin et encre pour renvoyer une missive vers l’inconnu.

Citation :
A Guillaume de Jeneffe, Maistre de mes pensées,
De Zalina de Montmorency, vassale désespérée.

Salutations et respect,

Maistre,

Ma dernière missive n’a pas reçue plus de réponse que les précédentes. Il est fort probable que vous ne receviez jamais celle-ci non plus. Mais vous me connaissez, je suis obstinée au-delà du raisonnable. Alors en ce jour, je ne puis que continuer à vous écrire.

En effet, ce jour n’est pas tout à fait comme les autres. C’est un jour où nous devrions boire à votre santé à grand renfort de bière Flamande et de Santons. Peut être est ce que vous allez faire, avec des personnes dont j’ignore tout, dans un lieu dont je ne sais rien. Peut être avec des personnes que je connais, dans un lieu tout proche sans que j’en ai connaissance.
Cette ignorance m’exaspère et le temps qui passe sans la faire disparaitre, même qu’en partie, bien plus encore. Je ne puis que continuer mes prières et souhaiter que l’on puisse boire ensemble l’année prochaine.

Bon anniversaire, Maistre.

Faict à Vincennes, ce 9ème jour du mois de février 1458
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MessageSujet: Re: Une odeur, une pensée   Mar 9 Mar - 17:08

Aujourd’hui, pas de raison particulière, mais un grand vide qui hantait la Peste et une envie de parler à quelqu’un. Sauf que quand l’on n’a personne à qui parler, on écrit. Et c’est encore vers son Maistre que la Peste tourna ses pensées.
Nouveau mois, nouveau pigeon pour probablement pas plus de réponse que les précédents. Mais cela devenait une douce routine d’écrire dans le vide en espérant de moins en moins de réponse à chaque volatile qui ne revenait pas.


Citation :
A Guillaume de Jeneffe, mon Maistre vénéré,
De Zalina de Montmorency, bonne à rien vidée.

Salutations et …

Et rien du tout.
Que pourrais-je souhaiter vous envoyer en sachant que vous ne recevrez jamais ce parchemin ?
Pourquoi faire de jolies formules de politesse pour une missive sur laquelle personne ne posera jamais les yeux ?

Je pourrai vous donner des nouvelles du Royaume, vous dire combien vos conseils seraient précieux pour éliminer les menaces qui planent sur la Couronne, de plus en plus nombreuses et puissantes.
Je pourrai vous donner des nouvelles de votre famille, si j’en avais moi-même.
Je pourrai vous annoncer la nomination de notre Frère Rhuyzar au poste de Grand Ecuyer de France, après mon lâche abandon du poste et ma trahison de la confiance que quelques personnes avaient placées en moi. Grosse erreur de leur part.
Je pourrai beaucoup, mais sans vous, je ne puis rien.

A quoi bon me battre encore pour un Royaume où vous n’êtes plus ?
A quoi bon occuper des charges si vous n’êtes pas là pour être fière de moi… ou pas ?
A quoi bon continuer à écrire ces missives que vous ne lirez jamais.
Je me sens si lasse, Maistre… Mais il me reste encore une dernière chose à faire. Une chose que je dois finir avant de disparaitre complètement. La seule chose qui ait une réelle importance pour moi.

A bientôt, Maistre. D’une façon ou d’une autre, nous nous reverrons sous peu.

Faict à Niort, ce 9ème jour du mois de mars 1458

Plusieurs soupires, une larme écrasée avant d’avoir coulée, quelques gouttes d’encre sur un parchemin, une attache à la patte d’un pigeon et quelques battements d’ailes. La missive était partie rejoindre les précédentes dans le vide absolu.
Zalina regarda le pigeon disparaitre et reprit le cours de ce qui lui restait de vie. Le mois prochain, probablement écrirait-elle une autre lettre. L’espoir avait fait place à l’habitude d’une routine bien huilée pour un corps vide de toute âme, vide de tout cœur.
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